J’ai crée « Mon espace santé »

Comme chaque assuré social j’ai reçu un courriel m’invitant à activer mon espace santé (ou un courrier pour certains) . Il s’agit d’une sorte de carnet de santé numérique permettant de regrouper les informations relatives à notre état de santé et de les partager le cas échéant entre le patient et les différents praticiens qui le suivent. Un messagerie est associée à cet espace.

Si Numérilibre si intéresse, c’est que cet espace risque de prendre de l’importance dans le quotidien des français.

3 grandes questions se posent :

  • cet espace est-il facilement accessible (création puis utilisation) ?
  • cet espace est-il aisé à comprendre et manipuler (ergonomie) ?
  • les données sont-elles sécurisées ?

Créer son compte c’est (presque) facile

Pour ma part j’ai reçu un courrier électronique, arrivé en pleine nuit, j’aurais presque pu le manquer.

Ce courriel comporte un code que l’on peut copier – coller et un lien cliquable.

Les étapes de création sont assez bien décrites avec toutefois des difficultés qui pourraient se présenter pour des personnes peu à l’aise.

Il faut savoir cliquer un lien dans un message. Certains verront leur navigateur s’ouvrir et le message de départ masqué ou il leur faudra jongler d’un onglet à ‘autre.

Il faut ensuite soit réussir à mémoriser et taper le code soit savoir effectuer un copier – coller. ( Ctrl + C et Ctrl +v)

Pas forcément donné aux plus anciens…

Les mêmes vont également souffrir non seulement à la saisie de leur numéro d’assuré social mais surtout lorsqu’il faudra saisir le numéro de série de la carte vitale (situé à droite si on a une carte vitale avec photo ou sinon au dos a priori). C’est tout petit ! Ne pas oublier sa loupe ou ses lunettes si on est presbyte !

Lien à voir sur le Service Public

On peut s’adresser à France Services et trouver une aide humaine , voir aussi le réseau associatif, un voisin ou une personne de confiance (en ne lui confiant pas vos codes !)

Choisir un identifiant et un mot de passe

Phase délicate, car il faudra mémoriser son identifiant et son mot de passe. Il aurait pu être rappelé de choisir un mot de passe dédié à cette application.

Celles et ceux qui sont peu habitués à manipuler un espace numérique comprendront-ils qu’il leur sera demandé plus tard même si le navigateur de leur ordinateur (vive Firefox) saura les mémoriser… (mais refuser cela sur un ordinateur public).

Il faut aussi comprendre qu’on demandera une double authentification

On saisit son identifiant et son mot de passe et on choisit ensuite l’adresse courriel ou l’option SMS pour recevoir le code de double authentification.

La sécurité sociale via ma mutuelle disposait de mon numéro de portable : attention à bien vérifier le numéro notamment si vous en avez changé récemment…

La double authentification rassure.

Vous pouvez refuser de créer votre espace, mais ce n’est pas irrévocable !

Il faut souligner la souplesse de l’outil qui montre bien que vous pouvez refuser la création de votre espace santé mais que vous pourrez y revenir plus tard…

Comme il vous sera possible a priori de le fermer ou de contrôler qui pourra voir quoi…

Une belle interface toute propre et pour commencer… un petit questionnaire !

Au fait combien je mesure ?

Si vous avez oublié c’est le moment de faire un passage sur la balance…

On imagine déjà tous ceux qui auront envoyé leur épouse ou leur époux chercher la balance, se seront déshabillés devant leur ordinateur pour se peser en espérant ne pas avoir perdu la connexion !

Quelle chance ! ces données vont permettre de disposer automatiquement de votre indice de masse corporelle (IMC).

Oui, donc, j’ai des kilos à perdre !

Le site va produire à la fin une sorte de récapitulatif de votre profil.

Les allergies aux c…. ne sont pas référencées…

Et il n’est pas obligé de répondre, ni de répondre la vérité !

Comme on allait se lasser, il est temps d’accéder à l’espace…

l’accueil se veut convivial

Au passage, je n’aime pas trop qu’un inconnu m’appelle par mon prénom. Heureusement, ils évitent le tutoiement.

une navigation claire et facile

On peut compléter son profil, désigner une personne de confiance… Rien n’est figé, vous pouvez modifier à loisir.

J’ai bien apprécié de pouvoir télécharger mes directives anticipées (on ne me réanime pas, on ne s’acharne pas et hop ! une petite incinération discrète…)

Le téléchargement des pièces est aisé et modifiable à l’envie. J’ai failli télécharger le texte d’une chanson qui avait le même titre… oups.

Bon, vous êtes libres de mentir…

L’historique des soins !

S’il n’est pas disponible d’emblée, je l’ai retrouvé dès le lendemain.

Tout y est !

  • vaccinations
  • visites médicales
  • les prescriptions
    • avec tous les détails sur les dates, les prescripteurs, le nom du produit prescrit et même celui du pharmacien

C’est peut être le cœur du réacteur… Cela dit, votre mutuelle le savait déjà…

On conserve la maîtrise à chaque étape

Tout est assez clair pour vous permettre d’enrichir, modifier des éléments de votre profil, le supprimer ou le rétablir…

Il sera en théorie possible d’ajouter des professionnels de santé et de leur accorder des droits ou non sur les documents…

A priori vous ne pourrez pas empêcher un médecin de déposer des documents (sauf cas expressément motivé) mais vous pourrez réguler la consultation par les autres…

Problème : tout le monde sera-t-il capable d’effectuer la gestion fine de son profil et de ses documents quand on voit comment les gens ont du mal à gérer le partage sur Facebook ?

Si c’est intéressant dans l’absolu, un patient ne risque t-il pas de se laisser influencer pour partager des documents alors qu’il ne le souhaiterait pas vraiment ? On sait en effet l’autorité que peut avoir un personnel de santé sur un malade. Il faudra donc une éthique parfaite…

Sur la suppression du profil il faut demander explicitement la suppression des données sinon elles sont conservées 10 ans.

Et la sécurité ?

Si le ministère s’engage à rendre le site accessible à tous ce n’est pas encore le cas.

L’hébergement s’effectue en France. Le cahier des charges semble assez lourd et précis.

Comme l’indique le site la caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) gère l’affaire sous la responsabilité du Ministère de la Santé… oui mais

Les données sont hébergées en France par deux sous-traitants :

  • La société Worldline au travers de sa filiale Santeos, concernant les données de votre dossier médical partagé (DMP)
  • La société Atos concernant toutes les autres données de Mon espace santé

Ce sont des sociétés privées, très puissantes, cotées en bourse. Et c’est là qu’on peut se demander, « combien ça coûte ? » (ou va coûter) , jusqu’où peut-on faire confiance à une société exposée à des actionnaires (donc par nature pas forcément français).


Attention : des margoulins appellent et se proposent d’aider les gens au téléphone en récupérant leurs identifiants France Connect. Arnaques en vue !

Une fois avertis de la création de l’espace, nous avons 6 semaines pour nous opposer d’emblée à sa création…

Le journal Les Échos précise que cet espace est appelé à se déployer, se développer, s’enrichir de nouvelles fonctionnalités dont la messagerie sécurisée et l’interopérabilité avec d’autres applications : très joli sur le papier mais est-ce qu’en multipliant les partenaires, on ne prend pas le risque alors d’ouvrir des failles ?

Pour conclure

Très bel outil, à l’ergonomie remarquable,répondant me semble-t-il plutôt bien aux normes de sécurisation en vigueur et intéressant quand on veut centraliser efficacement ses informations médicales et les partager dans un parcours de soins…

C’est à l’usage que l’on verra si nous parvenons toujours à garder la main et résister à l’emprise du corps médical…

On a d’emblée fait le choix du privé pour sous traiter l’hébergement et l’espace. C’est d’une part dommage que l’État ne se soit pas donné les moyens de gérer lui même cette affaire et il faut espérer que ce n’est pas le talon d’Achille du dispositif (l’exemple des autoroutes aurait pu nous éclairer…)