Témoignages : ils ont fait leur « transition » vers le libre.

Numérilibre a lancé une enquête qui n’a pas de valeur scientifique ni même de sondage mais plutôt de témoignage.

Cette enquête s’adressait à celles et ceux qui sont passés au “libre”.

Elle pourra aider celles et ceux qui hésitent encore « à basculer »

Un peu plus d’une vingtaine de personnes que nous remercions ont pris le temps de répondre à l’enquête. Nous en ferons synthèse “question par question”.

Comment s’est passé le passage vers le libre ? (que ce soit l’utilisation de logiciels ou de distributions)

« Je suis trop vieux pour me souvenir » déclare Sébastien S.

« Cette transition m’a permis de voir que l’on a pas besoin d’être dépendant de Google et Microsoft » confie Paul. Pour Aysik il existe un véritable apport dans la liberté de choix et la meilleure connaissance de son outil.
Cette moindre dépendance aux grandes plateformes revient souvent.

L’intérêt de ne plus avoir besoin d’un antivirus performant, « de pouvoir prolonger la durée de vie du matériel informatique palliant l’obsolescence logicielle des os propriétaires » est rappelé par Mathgon (très affectueux ensuite dans sa contribution).

Pouvoir contrôler son système, disposer de plus de liberté et de sécurité revient souvent dans les témoignages. Un formateur résume cette ambition : « comprendre ce que l’on fait, maîtriser les outils et les données générées. » Stéphane L dira lui : « efficacité, sécurité, maîtrise et personnalisation ».

Le besoin de protéger ses données personnelles a guidé certains. Un besoin d’éthique et de confiance qui s’est d’ailleurs transmis à sa pratique professionnelle précise Audric, médiateur numérique.

On s’inscrit dans « une nouvelle philosophie » ajoute Darklinux.

Jean se sent plus à l’aise et perd moins de temps.

Si les raisons financières ont d’abord motivé Mumu, elles sont devenues ensuite plus militantes.

Mais cette appropriation fut-elle difficile ?

Parfois avec l’aide d’un pair, d’un ami, plus rarement d’une formation, en mêlant différentes approches c’est le plus souvent en « autodidacte » que nos lecteurs ont appris à utiliser le libre.

On retrouve souvent ce que j’ai pu vivre lorsque je travaillais avec des formateurs aux outils numériques dans le premier degré : une recherche individuelle suivie d’une expérimentation donnait lieu à une mise en partage au sein d’un groupe avec des retours et des réajustements… le plus souvent il faut donc se lancer pour faire et comprendre, approfondir en allant si besoin chercher de l’aide et de nouvelles ressources.

Si pour certains il a fallu un peu de temps pour s’adapter. L’appropriation des logiciels a en général demandé peu d’efforts et est restée simple. Rares sont les cas où l’apprentissage a été décrit comme long et difficile.

Dans le domaine du numérique, toutes choses comparables par ailleurs, c’est un peu comme en natation. Il faut oser plonger. Car recevoir un long cours théorique sur la respiration et la flottaison comme préalables à l’entrée dans l’eau risque d’être contre productif.
On se souvient des pavés « papier » que Microsoft donnait autrefois à l’achat de sa distribution. Ils ont servi à caler des machines ou des vidéoprojecteurs, mais les lire était fastidieux. Il ne faut pas non plus vouloir savoir tout faire dès le départ…

Les conseils de nos lecteurs à celles et ceux qui voudraient passer au logiciel libre.

« Appuie-toi sur les communautés pour t’aider » affirme Sébastien. Paul invite à regarder la documentation en ligne d’Ubuntu pour comprendre certains grands principes de Linux. Il invite également à se tourner vers des distributions comme Debian ou les dérivés d’Ubuntu. « Il faut se lancer, aller demander sur les forums en cas de souci » rappelle un autre lecteur.

« D’abord changer ses habitudes d’utilisations du quotidien ». C’est ce qu’a fait Aysik passant à Linux puis progressivement à Thunderbird, Firefox, LibreOffice comme applications du quotidien.
« Allez-y doucement, n’essayez pas de tout remplacer du jour au lendemain » précise l’un de nos contributeurs.

Mathgon invite à « trouver une association près de chez soi ou se faire la main sur un vieil ordinateur ». On peut trouver des « linux install party » près de chez soi autrement dit des réunions conviviales où des utilisateurs confirmés invitent des novices et les épaulent dans leurs premières installations. Jean confirme l’importance de « voir une personne qui pratique ».

On peut d’abord utiliser des logiciels libres sous Windows avant de basculer sous une distribution Linux rappellent nombre de nos contributeurs. On peut même « essayer sans installer » une distribution Linux en passant par une machine virtuelle.

Audric confirme que « l’on utilise souvent du libre sans le savoir ! « .

Pragmatique, Darklinux invite à ne pas suivre « les dogmatiques ». Et c’est vrai que nous avons souvent souligné que certains pouvaient être un peu rigoristes dans leur approche et leur expertise. A l’instar de l’alimentation on peut faire preuve de flexibilité (flexitarisme) plutôt que de vouloir poser des interdits.

Toutefois, un contributeur rappelle l’intérêt de s’interroger sur l’intérêt de comprendre et reprendre le contrôle de ses données et créations. Il faut savoir « identifier ce qui est de l’ordre de la consommation de gadgets et ce qui apporte de l’efficacité ».

Plusieurs lecteurs invitent à « ne pas avoir peur de changer » et sur le côté gratifiant que l’on trouvera à passer « au libre ».

Et au final les lecteurs répondant à l’enquête ont-ils abandonné les logiciels propriétaires ?

Ça dépend !

Parmi nos contributeurs, très rares sont ceux à n’avoir qu’un recours limité au logiciel libre.

Deux blocs se dégagent ensuite sans que l’on puisse quantifier vraiment avec d’un côté ceux qui n’utilisent strictement plus que des logiciels libres et ceux qui mêlent le recours au libre et au non libre.

Cela renvoie au choix des distributions. Si certains de nos lecteurs utilisent une distribution libre (et même parfois plusieurs distributions libres en fonction de leurs machines et des besoins), beaucoup continuent d’avoir des machines en « dual boot » autrement dit permettant par un double amorçage de conserver sur une même machine Windows et Linux.

Dans mon expérience personnelle, j’ai commencé avec une machine sous Linux et l’autre sous Windows… puis la deuxième machine est passée en dual boot Windows/Ubuntu Linux et à présent n’accueille plus que Linux Mint. Je n’avais en effet plus besoin de Windows pour aucun usage…

En termes d’applications, afin de visualiser ce que donne mon site vu par ce navigateur, je dispose tout de même de Microsoft Edge (bêta) sur Ubuntu… mais je l’utilise avec parcimonie.

Avançons sans peur, résolus et progressifs !

Cette enquête confirme par ces quelques témoignages tout l’intérêt d’oser aller vers le logiciel libre.
Comme le disait un des contributeurs, lorsqu’il demande à une personne qui dit préférer une suite bureautique non libre quelle fonction il lui manque… il n’obtient pas de réponse.

Si on peut rencontrer quelques accidents -notamment si on a oublié d’effectuer des sauvegardes- essayer les distributions ou logiciels libres est sans risque. Au pire, il faut réinstaller… mais on ne peut pas se blesser et les erreurs commises permettent souvent de mieux comprendre…

Nonobstant, je peux témoigner que j’ai rencontré moins de difficultés à installer des distributions Linux que Windows, la reconnaissance des périphériques ou les mises à jour n’ont jamais été problématiques…

Merci encore à celles et ceux qui ont bien voulu répondre à l’enquête et rappelons que Numérilibre est là aussi pour aider modestement celles et ceux qui souhaiteraient « franchir le cap ».